Annemasse Agglo: Les enjeux du Grand Genève

Annemasse Agglo: Les enjeux du Grand Genève

Politiques, économiques, environnementaux,

les enjeux du Grand Genève sont multiples et complexes

 Le Grand Genève est un cas unique. A cheval entre la France et la Suisse, il est considéré comme la plus petite des grandes métropoles mondiales. Genève constitue le cœur de cette agglomération transfrontalière. Cosmopolite, ouverte au monde et aux innovations, elle accueille le plus grand nombre de sièges d’organisations internationales. Très dynamique sur le plan économique et démographique, elle n’est pourtant pas en mesure de subvenir seule à ses besoins. L’interdépendance avec ses territoires limitrophes, français et vaudois, est historique. Pour cette raison, sa collaboration avec le Genevois français est essentielle. Pour autant, cette collaboration demeure complexe car elle met en jeu des organisations politiques et administratives différentes, une double monnaie, la Suisse et l’Union Européenne. L’intensité des besoins et les défis posés par la transition écologique poussent donc les acteurs du Grand Genève à innover.  

Gabriel Doublet, 1er vice-président d’Annemasse Agglo et maire de la commune de Saint-Cergues, et Frédéric Bessat, Directeur Général du Pôle métropolitain du Genevois français et chef de Projet français du Grand Genève, dressent un état des lieux de ces différentes problématiques.

 

Le Grand Genève : dépasser les frontières politiques par le Projet

Avec un peu plus d’un million d’habitants, le Grand Genève compte parmi les métropoles les plus dynamiques d’Europe, sur le plan économique, démographique et urbain. En 2007, les élus français et suisses se mobilisent pour répondre aux besoins et aux défis posés par le très fort développement du Grand Genève et engager une nouvelle ère de coopération transfrontalière. Ils lancent une démarche de projet commune, le Projet d’agglomération franco-valdo-genevois et créent le Groupement Local de Coopération Transfrontalière. L’objectif est simple : mutualiser les réflexions et bâtir des programmes d’actions conjoints en matière d’aménagement du territoire, de développement économique, d’amélioration des modes de transports, de préservation de l’environnement, de transition écologique, etc. Parallèlement, pour aller plus loin dans cette structuration, la France crée le Pôle métropolitain du Genevois français. Il constitue le territoire français du Grand Genève et compte plus 415 000 habitants. Il fédère huit intercommunalités (dont Annemasse Agglomération), représentant 120 communes françaises, de l’Ain et de la Haute-Savoie, comprises dans le bassin de vie du Grand Genève.  Il permet de parler d’une seule voix à Genève et d’être reconnu par tous les organismes institutionnels.

 A travers la démarche de Projet d’agglomération franco-valdo-genevois, les partenaires français et suisses du Grand Genève se sont donc engagés sur un programme d’investissements en matière de mobilité de 1,28 milliard d’euros pour la période 2011 – 2022, soutenus à plus de 450 millions d’euros par la Confédération suisse. Au total, elle débloque près de 72 millions d’euros pour des travaux sur territoire français : construction de la Voie Verte du Grand Genève, prolongement de lignes de tramways genevois en France, réalisation de Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) et de nouvelles gares ferroviaires en prévision du Léman-Express, etc.

 Au-delà, le Projet d’agglomération a permis d’élaborer une vision commune de l’aménagement du territoire, de mettre sur pied des contrats de corridors biologiques transfrontaliers pour préserver la biodiversité, d’engager un premier dispositif de coopération en matière de qualité de l’air, etc.

 Si le Grand Genève a connu de nombreuses avancées, il ne faut pas non plus nier que certains projets connaissent aujourd’hui d’importants retards. Leur réalisation reste conditionnée par les situations politiques et administratives françaises et suisses. En 2014, les partis populistes suisses ont emporté deux référendums qui ont très largement pesé sur les relations entre la Suisse et l’Union Européenne, et, localement, sur les relations entre le Canton de Genève et ses territoires voisins. Certains projets ou accords financiers ont donc dû être différés. Depuis mai 2018, le contexte est plus favorable et l’intensité des besoins poussent les élus suisses et français à trouver de nouveaux accords pour remettre en marche les projets.

 La frontière politique franco-suisse est donc loin de s’être complètement effacée. Les élus doivent trouver des accords permanents qui conviennent à chaque pays. Plus complexe encore, la Suisse n’étant pas dans l’Union Européenne, il convient d’innover et d’expérimenter pour trouver des solutions adaptées, bâtir de véritables mécanismes de péréquation entre la « ville centre » Genève et sa périphérie, construire des politiques conjointes.

 Pour garantir la qualité de vie et la cohésion sociale, pour préserver l’environnement tout en restant attractif et compétitif, le Grand Genève doit rattraper son retard en termes de services, déployer une offre multimodale (notamment de transports en commun) et engager la transition écologique.

 C’est donc avec l’esprit « pionnier » et la conscience des enjeux, qu’élus français et suisses s’engagent dans la construction, pas à pas, du Grand Genève.

 L’interdépendance économique est toujours aussi forte

Le Grand Genève est une réalité humaine, économique et géographique marquée par une très forte dynamique économique à la fois de Genève,de la Suisse Romande et du Genevois français, ainsi que par une interdépendance franco-suisse historique. La ville de Genève est une locomotive économique extraordinaire au plan international. Nombreux sont ceux à rejoindre cette métropole pour y trouver un emploi. Néanmoins, elle n’a pas les moyens logistiques et humains de soutenir cette hyper croissance. Elle doit donc s’appuyer sur les richesses des territoires voisins, comme la Haute-Savoie, pour conserver son dynamisme et son attractivité. Un tiers des actifs genevois vivent désormais dans le Genevois Français. Car, de l’autre côté de la frontière, la France, pilier de l’Union Européenne, est bien plus attractive avec un taux de change favorable et un pouvoir d’achat avantageux, notamment sur le plan immobilier. Ainsi, 3 800 logements supplémentaires sont construits chaque année pour répondre à la demande.

 L’environnement doit devenir une priorité

En sa qualité de métropole internationale, Genève doit jouer un rôle exemplaire en matière d’environnement. Cela passe notamment par le désengorgement de la ville. 460 000 passages de douane sont enregistrés chaque jour aux frontières du Canton de Genève et de la France. 1,4 million de déplacements sont comptabilisés chaque jour dans le Genevois français. Les déplacements transfrontaliers sont très structurants. Toutefois, 48 % des déplacements quotidiens domiciles-travail sont internes auGenevois français et poussent donc les autorités à agir aux différentes échelles.

 Un chantier d’envergure qui engage toute une réflexion autour de la mobilité.

 Il est impératif d’effectuer un travail de pédagogie auprès des populations pour limiter le réflexe de l’automobile et de revoir les infrastructures de transports transfrontaliers, mais pas uniquement ! En effet, seuls 6,3 % des déplacements quotidiens sont effectués en transports en commun, au profit de la voiture (contre 11 % dans les autres villes françaises de taille moyenne). Pourtant, ces trajets sont courts : moins de 3 km, dans 75 % des cas.

L’objectif du Grand Genève est donc de passer à 32 % de déplacements à pieds ou en vélo, à l’horizon 2025 (contre 26 % à l’heure actuelle). Comment ? En développant des réseaux sécurisés de pistes cyclables, des services de modes de transports doux (comme des vélos stations), des itinéraires vélos en temps réel, des trajets de pédibus, en menant des campagnes de sensibilisation de la population sur le thème de la santé publique, etc.

 Pour les trajets plus longs, le développement du réseau de transports en commun est une priorité.

Des projets lourds sont remis au goût du jour avec :

  • Le projet du CEVA-Léman Express, imaginé au 19e siècle, puis abandonné suite aux guerres mondiales et à l’engouement pour l’automobile sera mis en service le 15 décembre 2019. RER franco-valdo-genevois, il constituera l’armature principales de l’offre de transports en commun et présentera une véritable révolution en matière d’offre et de services de mobilité durable.
  • Le redéploiement du plus important réseau de tramways franco-suisse, démonté pendant les années 50 au profit de la voiture, à travers le prolongement de lignes de tramways genevois en direction d’Annemasse, de Saint-Julien-en-Genevois et du Pays de Gex (Saint-Genis-Pouilly et Ferney-Voltaire). Le tramway Genevève-Annemasse sera également mis en service fin 2019.

 Pour les trajets du quotidien, le Grand Genève favorise également l’autopartage et le covoiturage. Des voies réservées aux covoitureurs ont d’ailleurs été créées sur une des douanes principales (Vallard) dans une logique d’expérimentation et de déploiement futur.

 Quoi de mieux aussi pour limiter les déplacements que de favoriser le télétravail ? Le Grand Genève l’a bien compris et investit régulièrement avec ses membres dans le développement d’espaces de coworking, l’amélioration du réseau de fibre optique,des campagnes de sensibilisation et la création d’une plate-forme de services transfrontalière (gowo.network).

 En résumé, le Grand Genève doit montrer au monde qu’il est possible de conjuguer fort développement et solutions durables. Partenaire des Assises Européennes de la Transition Énergétique, la métropole genevoise élabore quotidiennement des plans d’actions pour offrir le niveau de services et d’équipement nécessaire, préserver le cadre de vie et garantir la cohésion du territoire. Des commissions travaillent sur ces questions, aussi bien au niveau du Pôle métropolitain de Genevois français que du Grand Genève. Car, au -delà des enjeux écologiques, il est du devoir du Grand Genève d’apporter une meilleure qualité de vie aux citoyens et aux entreprises.

La communauté d’agglomération d’Annemasse est le 2ème pôle urbain du Grand Genève. Situé dans le département de la Haute-Savoie (74), ce territoire est connu pour être à la fois urbain et rural. En regroupant plus de 12 communes (Ambilly, Annemasse, Bonne, Cranves-Sales, Etrembières, Gaillard, Juvigny, Lucinges, Machilly, Saint-Cergues, Vétraz-Monthoux et Ville-la-Grand), il compte à date plus de 90 045 habitants répartis sur 73,69 km².

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