Quel que soit son devenir, le numerus clausus aura survécu à plus de 40 ministres de la Santé !

Quel que soit son devenir, le numerus clausus aura survécu à plus de 40 ministres de la Santé !

par Romain Migliorini

Président de la MTRL

A l’heure où ces lignes sont écrites, les réformes décidées par les pouvoirs publics pour le financement et le fonctionnement des hôpitaux n’ont pas été encore dévoilées, et il est difficile de spéculer sur leur teneur précise et

l’ampleur du changement envisagé.

Le professeur Jean Matouk  livre son diagnostic sur le malaise hospitalier, de son personnel, notamment les soignants de base, surchargés de travail et mal payés. Il s’intéresse plus particulièrement à la tarification à l’activité, source essentielle du financement des hôpitaux mais dont la tare naturelle est de pousser à la multiplication des actes à l’image du paiement à l’acte en médecine de ville, et il revient inlassablement sur la question de la progression irrépressible du coût des médicaments, qui représentent aujourd’hui 30 % du budget des hôpitaux, lequel coût fait la part trop belle aux laboratoires pharmaceutiques.

Nous connaîtrons donc bientôt les décisions prises, mais il en est une que les médias “bien informés” commencent à évoquer concernant la suppression – ou la modification substantielle – du numerus clausus. Ce changement brutal, décidé en 1971, en raison de l’afflux de la génération d’après-guerre vers les études médicales, s’est maintenu de façon erratique jusqu’à aujourd’hui, malgré toutes les critiques que les esprits les plus éminents ont pu lui adresser.

En 2013, le colloque d’économie de la santé organisé par la MTRL avait choisi ce sujet de débat, avec cette formule lapidaire : “40 ans, ça suffit !” À entendre les orateurs, assez majoritairement d’accord, à quelques nuances près, pour condamner le maintien d’une telle mesure, on pouvait se demander quels arguments rationnels un responsable aux affaires aurait pu développer pour justi- fier cet acharnement, qui massacre littéralement dès la première année plusieurs milliers d’étudiants tout aussi valables que les heureux élus, sur des critères de sélec- tion aléatoires et où l’échec est quasi garanti vu le nombre de reçus fixé à l’avance.

L’un des intervenants, Guy-André Pelouze, chirurgien cardiovasculaire, avait alors gaillardement résumé la chose, rappelant que la preuve de la validité d’une expérimentation tient à l’analyse de ses résultats. « Si, aujourd’hui, beaucoup de praticiens de renom dénoncent le numerus clausus, c’est qu’une certaine unanimité se dégage pour en faire un bilan très globalement négatif. Mais pourquoi n’avoir pas tiré le signal d’alarme plus tôt ? Alors que, tous les jours, on nous demande des preuves sur l’efficacité de la médecine, sur les traitements que l’on prescrit, eh bien là, depuis 1971, on a un dispositif qui n’a absolument jamais été évalué. On est resté sur une espèce de consensus indépassable. C’est avenue de Ségur qu’on décide pour toute la France du nombre de médecins, mais aussi du nombre de spécialistes, y compris dans toutes les régions et ce, bien sûr, de manière omnisciente. La médecine de l’ère postindustrielle est une médecine basée sur des résultats, c’est-à- dire un essai thérapeutique en “double aveugle”. Eh bien, là, aucune étude critique n’a été entreprise. Aucune comparaison n’a été faite, même internationale, entre les systèmes à numerus clausus, c’est-à-dire “évaluation avant”, et les systèmes de contrôle continu, ou “évaluation après”. »

Qu’ajouter encore, cinq ans plus tard ?

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